Save the date : Klaus, 8 ans après
Le 24 janvier 2009, la tempête Klaus a détruit une grande partie de la forêt des Landes de Gascogne... Le 28 janvier 2017, le Parc des Landes de Gascogne a organisé, à l'Écomusée de Marquèze, un colloque ayant pour thème, "les Hommes et la forêt des Landes de Gascogne, 150 ans de vie commune".

Introduction : Les Hommes et la forêt.

actes du colloque klaus

Intervention 1 : Rôle des hommes dans la mise en place de la forêt des Landes de Gascogne. La forêt industrielle du gemmage aux nouveaux cycles sylvicoles - Bruno LAFON (Président Syndicat des Sylviculteurs).

 

« Si vos projets portent à un an, semez du blé ; à plus de quarante ans, plantez un pin ; à plus d'un siècle, misez sur les hommes. ».

 

Dans cette intervention, l’accent est portésur l’Homme et l’intelligence avec laquelle il a su façonner son territoire. Il a fallu une action commune et réfléchie pour modeler ce massif aujourd’hui exemplaire dans bien des domaines. Nous le savons, autrefois le territoire des Landes de Gascogne était une terre hostile dont les voyageurs de St Jacques de Compostelle redoutaient la traversée. Aujourd’hui, l’Homme a su rééquilibrer ce territoire marécageux en y implantant la plus grande forêt cultivée d’Europe occidentale.

Cependant diverses menaces pèsent sur le massif. Premièrement le feu : C’est pour cela qu’un Système d’Information Géographique (SIG) a été créé par la DFCI afin de mieux connaitre et visualiser le territoire et d’en appréhender les menaces. Deuxièmement les cervidés : Ils sont un danger pour l’ensemble du territoire français et la forêt landaise n’y échappe pas.

Enfin, il est nécessaire d’accorder une grande importance au traumatisme vécu par les propriétaires de parcelles sylvicoles. En effet, après la tempête Klaus, aucune cellule psychologique n’a été mise à la disposition des habitants et/ou des propriétaires de terrains forestiers. Le nouveau plan Orsec prévoira des mesures visant à l’encadrement psychologique des potentielles victimes.

 

Intervention 2 : La forêt pourvoyeuse de travail. Le rôle des hommes dans le massif - José HUICI (représentant du monde ouvrier)

 

Rappelons qu’au commencement une décision politique fut prise d’assainir la zone des Landes de Gascogne. Ainsi, il fallu faire appel à plusieurs centaines d’hommes pour planter la forêt que nous connaissons aujourd’hui. Trois principales questions se sont alors posées : La forêt des Landes de Gascogne pourquoi faire ? Que faire de cette matière qu’est le bois ? Si une économie se met en place au sein du territoire, comment en partager les richesses ?

Il est important de noter que les premiers grands travailleurs de la forêt landaise étaient les « métayers-gemmeurs » (équivalent actuel des « travailleurs indépendants » ou « auto-entrepreneurs »). Ces derniers, qui travaillaient seuls et de manière indépendante, ont eu l’intelligence collective de se réunir et de créer un syndicat. C’est ainsi que la 1ère Union Départementale CGT des Landes vit le jour en 1938 à Morcenx. Dans les années 1960, il subsistait encore 30 000 gemmeurs, qui ont eu, jusqu’à l’arrêt de la profession en 1990, la volonté de maintenir cette activité au sein du massif.

            Ce qui définit la forêt de demain ce sont les industries adossées au massif. Les Landes de Gascogne sont actuellement le département le plus industriel de la Nouvelle Aquitaine. Parmi ces industries, on retrouve notamment les scieries, les papeteries, les entreprises de chimie verte et de création de panneaux à particules. Mais le gemmage n’a pas pour autant disparu des esprits. En 2014, l’association Gemme la Forêt d’Aquitaine regroupe tous les intervenants forestiers, des sylviculteurs aux industriels jusqu’aux organisations syndicales des travailleurs, dans le but de relancer l’industrie de la gemme au sein du massif forestier des Landes de Gascogne. Après presque 30 ans d’inactivité, le gemmage peut-il redevenir une ressource économique pour la forêt landaise ? 

 

 Intervention 3 : Les habitants et la forêt. - Jean-Luc BLANC SIMON (Maire de Brocas).

 

« Tout le monde vit au cœur de la forêt qu’il soit propriétaire ou pas »

 

La sylviculture est sans aucun doute l’utilisation des terres des Landes de Gascogne la plus forte. Mais il est important de ne pas dénigrer les autres pratiques telles que l’agriculture et l’élevage. En effet, la recherche d’une synergie entre ces différentes activités est à privilégiée face aux franches oppositions souvent ressenties au sein du territoire.

            Lors de la tempête de 2009, la commune de Brocas a vu 500 hectares de ses bois terrassés par les vents. L’année qui s’en est suivie a vu 100 hectares supplémentaires détruits par le fléau des scolytes. Mais au-delà de ces pertes, il a pu être constaté un véritable attachement patrimonial, presque irrationnel, à cette entité forestière hors du commun. La population a pris conscience de ce patrimoine forestier transmis par les générations antérieures et qu’il faut à présent préserver.

C’est pour cette raison qu’il semble important de sensibiliser les hôtes à ce patrimoine naturel immense d’apparence ouvert mais principalement composé de propriétés privées. Sur la commune de Brocas, une collaboration avec le PNR a été mise en place dans cet esprit : une Ecobalade s’étendant sur 12 km à travers la forêt sensibilise à cet espace particulier qu’est la forêt des Landes de Gascogne.

            La transmission de ce patrimoine est un défi majeur. Les générations actuelles s’éloignent de plus en plus du territoire et n’ont pas toujours le goût de vivre avec les pins.

Mais derrière nos pins, qui y aura-t-il ?

 

Intervention 4 : La relation affective des habitants à la forêt. Claude CAZAUX (Association « les automnales de sabres)

 

« La forêt qui revêt cette couleur verte est, pour moi, toujours porteuse d’espérance »

 

Au sein de la forêt des Landes de Gascogne on retrouve des paysages chargés d’histoires. « Les ruisseaux qui prennent le temps de serpenter sous le couvert de chênes quand ceux-ci n’ont pas été mis de façon inconsidérée à rude épreuve par la main de l’homme parfois peu respectueuse de ce patrimoine et de cet environnement ».

 « Il est une fièvre de laquelle on ne souhaite pas guérir, celle qui s’accompagne d’adrénaline, quand passe un vol de palombes […] Et là, merveille des merveilles, découverte d’une maison landaise, dans son airial protecteur, telle une pierre précieuse dans son écrin de verdure. L’architecture, l’utilisation des matériaux de construction, garluches et colombages en bois, en font une caractéristique du paysage et du savoir faire local. Je repense aussi à ces cabanes de résiniers perdues dans la forêt. On y retrouve parfois entreposés les vieux pots de résines et les crampons, vestiges de la collecte de l’arbre d’or. Mais cet or, n’était pas nécessairement or pour tout le monde. Et me revenaient en mémoire les luttes des résiniers pour vivre décemment de leur travail ainsi que les choix qui ont sacrifié cette richesse locale ».

« Habiter pareil territoire, pareil paysage, terre d’histoire et terre de solidarité, se laisser habiter par lui ne peut laisser indifférent. Et c’est tout un patrimoine, économique, social, culturel et environnemental qui vous habite au point de s’identifier en quelque sorte à lui. Et l’on comprend dès lors comment les tempêtes de 1999 et 2009 ont été de véritables cataclysmes, à la fois vécues comme une défiguration de ce paysage et de ces habitants.

L’impact a été ressenti à la mesure de ces liens profonds qui unissent la population à son paysage, à son cadre de vie ».

Intervention 5 : La transmission du rapport affectif à la forêt - Philippe SARTRE (Graine de foret).

 

Dans cette intervention, Philippe Sartre nous présente Graine de forêt, situé à Garein. Cette entité autonome est complètement affiliée au réseau du PNR et constitue un outil important dans l’action du Parc en matière forestière. C’est un lieu de connaissance qui évolue en fonction des avancées scientifiques et techniques. Graine de foret se veut être un support pédagogique et ludique. Il se compose de différents espaces : un espace muséographique, des espaces extérieurs, un chemin d’interprétation, un arboretum, une pépinière et des parcelles de plantations destinées aux enfants. La volonté de cette institution est principalement de permettre aux gens du territoire de découvrir ou redécouvrir leur forêt. On peut, entre autres, se familiariser avec la géologie des sols, ou comment pratiquer l’éclaircie d’une parcelle, ou encore découvrir les techniques d’abattage du bois et les différents produits issus de la forêt.  

Un autre programme a été mis en place en parallèle, celui de Graine de géant. Ce programme est un membre à part entière du mouvement international de Reforestation Forest&Life. Il inclut cent classes (primaires, collèges et lycées) qui participent via ce projet au reboisement de la forêt de manière locale mais également de façon internationale. Ce projet permet de sensibiliser les jeunes générations à la fragilité des forêts dans le monde.

 

Intervention 6 : L’avenir de l’homme dans la forêt du XXIème siècle - Christian PINAUDEAU (Secrétaire général du Sysso).

 

« Nous travaillons à produire une forêt qui sera un support exceptionnel pour l’avenir »

 

La forêt est invisible en général, on ne la voit malheureusement que quand elle tombe ou qu’elle brûle. La tempête Klaus a rendu visible la forêt et a dévoilé la pluralité de regards qui la compose. C’est à la fois un patrimoine culturel et familial qui se conjugue et c’est ce qui fait sa singularité. Son histoire est exceptionnelle, brève mais très riche et son avenir est intimement lié à l’homme.

La crainte, après la tempête, était de ne pas savoir si les sylviculteurs replanteraient. Mais l’attachement inexpliqué de l’Homme à son bien a permis un reboisement quasi-total des parcelles sinistrées. « Le chantier entrepris après Klaus est exceptionnel. On reboise ici tous les ans plus qu’à échelle nationale ». Les acteurs du massif ont beaucoup de responsabilités et doivent faire les bons choix pour que cet espace conserve son intégrité quelle soit culturelle, économique, sociale et/ ou environnementale.

Valoriser les hommes au sein de la forêt.

actes du colloque klaus

 

Intervention 1 : La relation des hommes à la forêt. Aude POTTIER (Université de Pau et Pays de l’Adour).

 

« Le traumatisme [de la tempête] a révélé et exacerbé les valeurs identitaires liées au massif ».

 

Dans cette intervention, Aude Pottier nous présente les résultats de sa thèse : La forêt des Landes de Gascogne comme patrimoine naturel ? Échelles, enjeux, valeurs.

Tout d’abord, il est intéressant de définir la notion de patrimoine. Il est avant tout une construction sociale, un bien privé ou public impliquant la notion de transmission aux générations futures. C’est un objet ou un bien auquel l’on confère des valeurs. C’est ce que l’on appelle le processus de patrimonialisation.  

En ce qui concerne la forêt des Landes de Gascogne, elle est conçue et façonnée pour produire et est, d’un point de vue extérieur, la définition de la forêt ordinaire. Elle ne semble pas avoir d’autre destination qu’un but économique. En revanche, elle est également considérée comme un espace à protéger. Ainsi y a-t-il d’autres valeurs au sein de cet espace que la valeur économique ? Fondent-elles un processus de patrimonialisation ?

L’étude d’Aude Pottier nous montre l’existence d’autres valeurs telles que la valeur naturaliste : la forêt est ici perçue comme un vaste espace naturel porteur d’un intérêt écologique. La valeur culturelle : le massif est considéré comme un espace chargé d’histoire, un symbole identitaire. Et enfin la valeur sensible qui met en avant une vision plus intimiste de l’espace, entre esthétisme et ambiance.

La tempête Klaus a permis de révéler ces valeurs et de renforcer un véritable attachement des locaux à leur bien patrimonial. En témoigne la réorientation des valeurs de la charte du PNR qui sont la preuve de la patrimonialisation de ce bien.

 

Intervention 2 : Valorisation par la démarche de labellisation : La forêt des Landes. Comment valoriser le territoire et les hommes ? Patrimoine Mondial de l’UNESCO – Christel VENZAL (Université de Pau et Pays de l’Adour).

 

L’intérêt d’une démarche de labellisation passe par le besoin de reconnaissance. Le territoire de la forêt des Landes de Gascogne a un message fort à faire passer et il est intéressant que cela passe par une labellisation. Cette démarche est un moyen de valoriser un patrimoine important pour le territoire. Mais ce message territorial passe par des conditions, des critères. Le label permet une différenciation, ce n’est pas une marque qui aurait pour but de vendre quelque chose. C’est, au contraire, un intérêt commun et partagé. Une démarche de labellisation permet aux différents acteurs de travailler ensemble et de définir un projet commun.

L’UNESCO est un label né d’une prise de conscience internationale. Il est apparu primordial de sauver des sites uniques au monde, de les préserver pour les générations futures. Pour obtenir ce label et intégrer la prestigieuse Liste, il faut répondre à plusieurs critères et être unique au monde. Mais il y a des alternatives. Il existe des programmes UNESCO qui ne privilégient pas essentiellement l’unicité mais plutôt l’interaction entre les sites et les acteurs qui les composent. C’est le cas, entre autres, des Géoparcs qui constituent un réseau de sites à visée géologique.

 

actes du colloque klaus