Grues cendrées
Ces gracieux volatiles rythmant nos journées d’hiver avec leurs déplacements pendulaires, des dortoirs aux zones de gagnage, se seraient-ils faits plus discrets cette saison ?

Comme chaque année, les comptages effectués par le collectif Grus Gascogna nous informent sur la présence des Grues cendrées dans les Landes de Gascogne. Durant la saison hivernale, ces comptages réguliers nous permettent d'obtenir la répartition d'individus sur les dortoirs des Landes de Gascogne et sur les zones cultivées (dites de gagnage, ou d'alimentation). Cette année, des différences notables ont été relevées.

Une présence en expansion

Outre la Champagne-Ardenne qui accueille les Grues en migration parties de Scandinavie et d’Allemagne, les Landes de Gascogne restent un site d’accueil très important, le troisième à échelle nationale. La présence de zones humides préservées et la culture du maïs garantissent à l’oiseau un hivernage adapté à ses besoins, lui permettant d’échapper à la pénurie alimentaire des zones enneigées du nord de l’Europe où il niche.

Ces cinq dernières années, les chiffres révèlent une présence jamais atteinte sur notre territoire avec des effectifs compris entre 50 000 et 70 000 migratrices sur cinq années consécutives.

Depuis vingt ans leur présence ne cesse d’augmenter, le nombre de Grues y séjournant un hiver entier a même doublé, passant de 30 000 à 60 000 individus en moyenne depuis le début de la décennie.

Pourtant cette tendance est à nuancer cette année : le comptage de la saison 2023-2024 a recensé (à la mi-janvier, 11 et 12 janvier 2024) 37 708 Grues, un chiffre plutôt bas derrière lequel se cache une réalité plus complexe.

Une année contrastée

Plusieurs constats, à ce stade de l’hivernage, témoignent d’une année assez singulière selon le rapport de Grus Gascogna :

  • Une arrivée plus tardive :

Les Grues sont arrivées avec un mois de retard. À partir de novembre, les vagues d'arrivée se sont succédé mais ces flux ont duré plus longtemps que ce que l’on observe habituellement.

  • Des chiffres contrastés :

Si on prend le chiffre de référence annuel (37 708), il faut remonter à 2008 pour trouver des chiffres similaires (31 915). Depuis cette date, les effectifs n’ont fait que croitre (hormis en 2018). Mais pour brouiller les pistes, le dernier comptage a révélé une recrudescence de près de 15 000 Grues dans le recensement pour la fin du mois de janvier, faisant passer le comptage de référence annuel de 37 708 à 50 123 Grues deux semaines plus tard. Ce dernier comptage vient donc relativiser ce bilan annuel et fait remonter la migration de cette année à des chiffres similaires aux cinq dernières années.

  • Des grands dortoirs délaissés au profit de petits dortoirs :

Beaucoup de petits dortoirs ont vu leurs effectifs grimper cette année. Celui de Nahours (Sabres) affichait par exemple début décembre près de 11 500 Grues, devenant le plus gros dortoir de ce premier comptage saisonnier, contre 9 182 à l'Étang de Cousseau ou 3 369 à la Réserve naturelle d'Arjuzanx.

Des pistes d'explication

Un automne plutôt clément sur les zones septentrionales où elles résident et un hiver tardif les conduisant à rester en Allemagne ; phénomène qui tend à s’accentuer avec les années ; peuvent expliquer les arrivées tardives selon les spécialistes. Les tempêtes successives venues de l’Ouest les ont également probablement repoussées et freiné leur progression vers le Sud et le Sud-ouest. Enfin, l’automne et l’hiver beaucoup plus humides que d’habitude ici, ont pu transformer les champs en véritables réservoirs d’eau dans lesquels les Grues ont pu trouver le gîte pour la nuit, remplaçant les dortoirs traditionnels (où les comptages ont lieu !). Avec la baisse de la pluviométrie à la mi-janvier, elles ont pu réintégrer leurs dortoirs habituels. Les 15 000 individus comptés à la fin janvier, étaient peut-être bien présents, mais dans les champs ou dans les mini-dortoirs à proximité du gagnage, échappant ainsi aux radars des équipes de comptage !

Nous attendons avec impatience la synthèse qui dressera l'état des lieux de la saison grues 2023-2024 en s’appuyant sur les chiffres des hivernages européens (allemands, espagnols et français) pour en tirer d'autres explications.

Une dernière balade avant leur envol !

Profitons encore de nos belles dames grises avant leur retour en terre scandinave en février. À proximité du Parc, la réserve naturelle d’Arjuzanx propose ses virées quotidiennes à la tour, mais aussi des sorties photos ou encore des comptages en compagnie des gardes-nature de la réserve qui nous invitent à plonger dans leur quotidien de naturaliste. Côté Haute Lande, l’ornithologue Jérôme Beyaert propose des rendez-vous réguliers pour observer l’espèce in situ, en toute discrétion pour ne pas perturber cette hôte farouche. Enfin, des observatoires libres d’accès sont à disposition du public pour être au plus près des dortoirs qu’elles investissent à la nuit tombée. Vous les retrouverez en page 7 de la brochure ci-dessous, si vous souhaitez vous y rendre.