Courlis cendré

Courlis cendré. Crédit photo : Patrick Harle (LPO)

Dans le cadre des suivis biodiversité engagés suite aux incendies de Landiras en 2022, des espèces emblématiques, comme le Courlis cendré, ont été observées sur les secteurs incendiés ! Une bonne nouvelle pour la biodiversité locale, premier indicateur de la résilience du territoire ?

Des observations réjouissantes et prometteuses

Après les incendies de l’été 2022 scientifiques, naturalistes et sylviculteurs se demandaient comment la nature allait réagir face à cette profonde perturbation. Dès l’automne 2022, dans le cadre de son projet de laboratoire vivant « Forêt de demain », le Parc naturel régional des Landes de Gascogne (PNRLG), soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, a fait appel à son partenaire historique, la Ligue pour la Protection des Oiseaux d’Aquitaine (LPO DT Aquitaine), pour tenter d’évaluer les conséquences du passage du feu sur la biodiversité et suivre la recolonisation des zones incendiées par les oiseaux, les insectes et les batraciens.

Si en 2023, les traces des incendies de Landiras 1 et 2 étaient encore nettement visibles, le début des inventaires de cette seconde année de suivis a permis d’observer, sur les communes de Saint-Magne et Belin-Béliet, trois individus de Courlis cendré, une espèce typique des vastes landes humides qui n’avait pas été observée sur le secteur depuis des décennies, et dont l’état actuel des populations, à l’échelle nationale et régionale, laissait peu d’espoir de recolonisation. Toutefois, dans le premier Atlas des oiseaux nicheurs d’Aquitaine (1974-1984), les ornithologues rapportaient déjà que « les grands incendies de 1949 avaient permis aux courlis de retrouver des terres d’élection ». Il semble que cette espèce profite donc de la reprise de la végétation sur les parcelles incendiées.

D’autres espèces patrimoniales d’oiseaux, menacées de disparition à l’échelle nationale et européenne, ont également fait leur grand retour sur ces mêmes secteurs. La Fauvette pitchou par exemple est largement présente dans les zones où l’ajonc a recolonisé les terres brûlées. À l’inverse, là où la végétation semble avoir plus de difficultés à repartir, la Cisticole des joncs et le Pipit rousseline refont leur apparition dans le cortège des oiseaux des paysages forestiers du sud Gironde.

Ces observations printanières sont des signaux enthousiasmants pour l’avenir de la biodiversité sur les secteurs incendiés. Ces premiers résultats semblent confirmer que les oiseaux sont de bons indicateurs de la réaction de la biodiversité face aux perturbations de l’environnement. Gageons que la suite des inventaires printaniers continuera à nous offrir de bonnes nouvelles en provenance des zones qui ont connu l’enfer des flammes.

En savoir plus sur le Courlis cendré Numenius arquata

C’est le plus grand limicole d’Europe. Il est reconnaissable au premier coup d’œil grâce à son bec très long de 15 centimètres courbé vers le bas (plus long chez la femelle que chez le mâle). Il mesure 50 à 60 centimètres pour une envergure pouvant atteindre un mètre. Son plumage est principalement d'un marron grisâtre, avec un arrière-train blanc. Son poids se situe entre 575 et 950 grammes.

Le courbageot, comme l’appelait les anciens, était un oiseau commun des Landes de Gascogne et bien connu des habitants de la région. Il faut dire qu’entre sa grande taille et son cri puissant, il passe difficilement inaperçu en vol. Son abondance était telle il y a un siècle et demi, que les bergers de la Grande Lande avaient pour coutume de ramasser ses œufs dans les nids pour faire des omelettes de Pâques. Si l’espèce est désormais protégée, et le ramassage des œufs interdit, il n’en reste pas moins que la population nicheuse des Landes et de Gironde est estimée à moins de vingt couples. Son fort déclin généralisé, que ce soit en Aquitaine comme en France a conduit à classer l’espèce comme vulnérable sur la liste rouge des oiseaux de France de l’UICN.

Des actions d’accompagnement pour la préservation du Courlis cendré

Le Courlis cendré niche au sol, aussi, la LPO et le PNR proposent de travailler conjointement avec les forestiers pour leur indiquer la présence des nids afin d’éviter toute destruction involontaire lors d’interventions sur les parcelles. L’objectif est qu’une fois leur localisation repérée, la présence d’un nid soit matérialisée sur le terrain pour que les engins puissent éviter la zone dans un rayon de quelques mètres carrés autour du nid sans impacter le reste des travaux sur la parcelle. Cette pratique est déjà courante et apaisée avec le monde agricole pour les espèces d’oiseaux fragiles qui nichent dans les grandes cultures.

Dialogues et échanges réciproques permettront, nous l’espérons, de conserver de nouveaux noyaux de population de ce grand oiseau symbole emblématique de la Haute-Lande de jadis.