Arrivée à l’Aire naturelle de Bernet, après 20 km de navigation.

Arrivée à l’Aire naturelle de Bernet, après 20 km de navigation. © Mathilde Fraigneau - PNRLG

L’association La Pagaie Sauvage et l’Université de Bordeaux croisaient les regards de citoyens curieux et de chercheurs aguerris, à l’occasion d’une expédition en canoë de 5 jours sur le fleuve côtier de la Leyre, en plein cœur du Parc naturel régional. Au fil de l’eau, ils ont parcouru, sous la forêt-galerie, cette « rivière sauvage » tout en y effectuant des prélèvements pour mener à bien le projet PlasCote dont l’objectif est d’étudier l’impact des nano-plastiques sur l’environnement et les organismes aquatiques. Engagement et valeurs partagées comme fil rouge de ces rencontres humaines…
PlasCote, expédition scientifique et citoyenne

L'équipe de cette expédition PlasCote. © Mathilde Fraigneau - PNRLG

Un collectif de citoyens engagés.

Entretien avec Lise Durantou, chargée de mission pour La Pagaie Sauvage

Avant de s’engager pour la sauvegarde des rivières, l’association La Pagaie Sauvage était un blog d’itinérances et de balades en canoë. « Topos détaillés, conseils d’équipement, de cuisine itinérante et écologique figuraient alors sur la toile, nous avions déjà pour ambition de transmettre notre passion pour les rivières et la nature. » En 2016, et après de nombreuses descentes où les déchets n’étaient que trop visibles, « la question de découvrir la partie immergée de l’iceberg nous a semblé trop évidente… », aussi, l’association s’est transformée en laboratoire citoyen, rassemblant des bénévoles, sportifs, animateurs, pêcheurs, étudiants, promeneurs sensibles à la problématique des déchets en rivières, avec l’aide d’une chercheuse canadienne ayant mis en place un laboratoire similaire : The Civic Laboratory.

« Sa première vocation est d’être un réseau de partage de connaissance afin de faire avancer les sciences participatives pour rassembler les citoyens et les acteurs locaux mais aussi les professionnels de recherche autour d’une problématique commune : les micro-plastiques en eaux douces. » Cette méthode novatrice permet aussi un état des lieux rapide et contribue à l’amélioration des méthodes d’analyses et d’échantillonnage. Rapidement, l’Institut de Chimie de Clermont-Ferrand s’est positionné comme partenaire des projets menés par le collectif puis les acteurs de Nouvelle-Aquitaine ont suivi et c’est aujourd’hui avec l’Université de Bordeaux que La Pagaie Sauvage s’est engagée pour cette nouvelle expédition : « Le travail sur les micro-plastiques mené auparavant par l’Université de Bordeaux, au sein du Bassin d’Arcachon, entrait en corrélation avec le projet LabexCote, en unissant les sciences sociales et humaines aux problématiques de changement climatique », explique Lise Durantou. Ces échanges citoyens/chercheurs basés sur une confiance mutuelle ont donc permis de s’engager ensemble, sur trois ans, autour du projet baptisé PlasCote, sur l’entièreté du bassin versant de la Leyre…

//// En savoir plus sur les micro-plastiques…

Les déchets plastiques ont une longue durée de vie et s’accumulent depuis plus de 60 ans dans les milieux naturels et notamment les milieux aquatiques. Ces déchets ne semblent pourtant que la face visible de l’iceberg : l’étude « Plastic Pollution in the World’s Oceans: More than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing over 250,000 Tons Afloat at Sea » a montré que 92% des déchets plastiques dans les océans sont des micro-plastiques, des plastiques dont la taille est inférieure à 5 mm. Les constats sont alarmants notamment pour les organismes aquatiques qui ingèrent ces microparticules. Chez les humains, les effets ne sont pas moindres : « une ingestion alternative de microparticules peuvent provoquer une altération des chromosomes qui entraînent une infertilité, une obésité et un cancer... » Et devinez d’où proviennent 100 % de ces matières… ? Tous ces déchets arrivent à 80 % des terres, sont portés par le vent ou par les rivières. La pollution en milieux d’eau douce est encore méconnue mais les premières études menées par l’ Institut national de l’environnement et des risques (Ineris) ont déjà démontré la contamination des milieux aquatiques d’eau douce par les micro-plastiques et, via la chaîne alimentaire, l’exposition des poissons à cette pollution.

Au cœur du projet, la recherche.

Entretien avec Pierre-Yves Gourves, écotoxicologue à l’Université de Bordeaux

Pierre-Yves Gourves, écotoxicologue à l'Université de Bordeaux

Pierre-Yves Gourves, écotoxicologue à l'Université de Bordeaux

Le projet PlasCote est un peu différent des projets habituellement menés par La Pagaie Sauvage puisque cette fois, c’est l’échelle en dessous qui est étudiée : les nano-plastiques. Il rassemble 3 partenaires en plus de l’association : le laboratoire EPOC qui porte le projet (coordinatrices : Magalie Baudrimont et Adeline Arini, équipe Ecotoxicologie aquatique), l’IRSTEA et l’UMR Géosciences.

En amont de PlasCote, il y a « l’étude menée sur les micro-plastiques présents dans le Bassin d’Arcachon et le désir de connaître leur provenance ». Dans le cadre de PlasCote, « Nous nous intéressons au fractionnement de plastiques en particules nanométriques qui est particulièrement dangereux pour les organismes aquatiques car leur toute petite taille leur permet de s’immiscer avec plus d’aisance dans les cellules vivantes. Ils fixent aussi plus facilement la pollution dissoute dans l’eau car la surface de contact avec celle-ci est décuplée. » L’expédition et l’analyse qui en découlera tenteront donc de répondre à plusieurs questions : Les nano-plastiques peuvent-ils s’accumuler dans les organismes aquatiques ? Peuvent-ils être éliminés ? Peuvent-ils véhiculer d’autres contaminants et être toxiques pour la vie aquatique ?

Pour y répondre, l’équipe d’Arcachon a transplanté dans la Leyre des « Corbicula Fluminea » communément appelée palourde asiatique, un mollusque bivalve d’eau douce, en amont et en aval des Stations de Traitement des Eaux (STE) et tout au long du chemin nautique. « En laboratoire, nous étudierons ensuite l’impact des nano-plastiques en conditions contrôlées » ajoute Pierre-Yves Gourves. Parmi les possibles trouvailles de cette expédition, des nano-plastiques issus de noms barbares… PVC, Polyéthylène, Polypropylène, « tous de farouches marqueurs d’une pollution endémique provenant directement de macro-déchets dégradés, symboles de comportements humains inappropriés, de décharges mal gérées ou de traitements des eaux inadaptés... ». Sans jeter la pierre à ce qui existe toutefois notamment en matière de traitement des eaux usées, « cet état des lieux servira à alimenter une réflexion autour d’une amélioration des pratiques pour aider les gestionnaires, leur apporter des résultats. Il permettra aussi de « connaître l’impact de cette pollution sur les organismes, et notamment sur l’Homme via l’eau potable ou l’alimentation, mais aussi, sous un angle plus sociétal, de sensibiliser les publics sur notre impact direct sur l’environnement ».

Un labo citoyen, pour tous !

Entretien avec Gaëlle, bénévole.

Gaëlle, bénévole

Gaëlle, bénévole

Gaëlle en est à sa deuxième expédition avec La Pagaie Sauvage puisqu’elle a contribué en juin dernier à La Galupée, une campagne scientifique et citoyenne menée sur l’Adour, sportive et zéro déchets, vécue « contre vents et marées mais comme une expérience passionnante ». Sensibilisée à la thématique environnementale, elle se retrouve dans ces expéditions qui allient « le plaisir d’être en canoë-kayak et les sciences participatives, un outil de sensibilisation efficace ». L’accessibilité de la démarche est aussi à souligner : « Pour chaque expédition, j’ai ramené l’une de mes connaissances qui n’était pas forcément familière de ce type d’approches et tout s’est toujours bien déroulé… L’équipe de La Pagaie Sauvage est vraiment top, ils savent trouver le juste milieu entre l’expédition entre copains et le séjour parfaitement organisé ! »

Pendant trois jours, de sa source jusqu’à son exutoire dans le bassin d’Arcachon classé Ramsar, elle a donc navigué sur les eaux fauves de la Leyre sans déception : « C’est une rivière paisible et très propre, on a même eu des difficultés à trouver des déchets. Il y a quelques passages escarpés, mais c’était un bon entraînement pour nous apprendre à manœuvrer ! ». Convaincue que la thématique des pollutions plastiques devrait intéresser le plus grand nombre, elle lance un message pour de futures expéditions : « Éteignez vos téléphones, éteignez vos ordis, bref, lâchez vos écrans, vraiment, et sortez ! Allez marcher, nager, randonner, faire du vélo, descendre des rivières, ce que vous voudrez, mais passez du temps dehors, ça fait du bien ! C'est chouette de se retrouver face à son environnement, encore plus sur plusieurs jours, de se confronter à une simple question de déplacement doux. Ça fait aussi réaliser que le territoire, nous nous devons avant tout de le partager avec faune et flore qui nous permettent la vie, au minimum de les respecter, au mieux, d'en profiter pour nettoyer, cela ne coûte pas grand-chose. »

Et le Parc dans tout ça ?

Le Parc naturel régional des Landes de Gascogne a apporté son aide pour cette expédition, pour la  programmation, le parcours, la logistique et la mise en relation avecles socio-professionnels, prestataires sur la Vallée. Les éco-gardes en service civique au Parc ont également accompagné la mission sur un tronçon du parcours. PlasCote marque le début d’une coopération et d’un suivi partagé, autour des différents enjeux du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin versant (SAGE) mais aussi de Natura 2000, Rivière Sauvage et de l’itinéraire nautique fréquenté.

Vous souhaitez rencontrer l’équipe de La Pagaie Sauvage ?

Rendez-vous est donné lors de la 3ème édition des Rencontre(s) Itinérances Nature les 21 et 22 septembre prochain ! L’asso sera présente pour une tchatche autour de ces thématiques.

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