ecolieu Potabilis - Géraldine Leflamand
Dans le cadre des actions de Professionnalisation des acteurs engagés dans le réseau écotourisme (rebaptisé le Cercle des Imaginaterres), le Parc naturel régional propose aux prestataires touristiques du réseau de se former à la réalisation d’un compost. Il s’agit de la première session de formation à la gestion des déchets.

Nous sommes ravis, à travers cet article, de vous faire bénéficier des enseignements de cette journée, qui sont autant de petites astuces pour vous aider à réaliser un compost mais aussi à le valoriser une fois constitué.

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C’est à l’éco-lieu Potabilis de Saint-Magne que notre maître-composteur du jour, Gilles Lafosse, ‘jardinier amoureux’ qui fait vivre cette association depuis 2013, nous accueille et nous présente les lieux. Potabilis est adhérant au Mouvement citoyen Colibris et Accueil Paysan avec douche à récupération d’eau de pluie et wc sèche. Sensible aux Arts, Potabilis propose aussi une résidence d’artistes pendant la période estivale. Chez cet artiste en herbe, vous ne serez pas surpris non plus de pouvoir vous essayer à la création de graffitis végétaux. Aux personnes de passage, notre maître-composteur offre ses produits maraîchers biologiques et autres denrées issues de son apiculture.

L’objectif de la formation est la sensibilisation des prestataires touristiques au compostage. 

Au-delà de participer à « l’urgence sociétale »que représente l’Environnement aujourd’hui et que partagent l’ensemble desprestataires présents ce jour-là, l’objectif des participants est de mettre en pratique ces info récoltées en les appliquant, quand ce n’est pas déjà fait, à leur structure touristique. Beaucoup de cesacteurs touristiques sont membres du Réfol, un réseautrèsfortement engagés dans l’écotourisme.

Le compost est un mélange de micro-organismes, d’humus et de minéraux. Il est issu du recyclage et de la décomposition de matières organiques ayant pour fonction de dynamiser la vie du sol et de favoriser la croissance des végétaux et la biodiversité au jardin. Moins nutritif que l’engrais, il reste l’allié de tous les jardiniers et permet un recyclage écopositif des déchets de chacun.

Une fois constitué, après 6 à 9 mois, il sera réparti à la surface du sol.

Pour commencer ce b.a-ba du compost, il vous faudra vous procurer un bac à compost que bien souvent les communautés de communes vous commanderont gratuitement (demande en mairie). Vous pouvez bien sûr vous essayer à sa construction avec de simples planches de bois, en revanche la création d’une petite porte dans le bas du bac s’avère pratique pour vider plus facilement le contenu (cf photo). Potabilis propose d’ailleurs un ‘atelier palettes’ pour adhérents de l'association et les membres de Colibris : salons de jardin, jardinières et autres bacs y sont fabriqués.

Placez ensuite idéalement ce bac dans votre jardin, exposé au soleil.

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Passons maintenant à la partie purement pratique :

En premier lieu, il s’agit de constituer une ‘litière brune’ qui servira de base au compost et permettra que l’air circule de bas en haut et éviter la fermentation. Le compost ne doit donc pas reposer à même le sol. Pour cela vous devez concevoir un ‘compost brun’ c’est à dire entreposer des branchages de 20 cm de long en moyenne. Attention veuillez à ne pas utiliser de branchages de résineux dans votre compost, pas toujours facile en pleine forêt gasconne !

Pour le compost brun : outre les branchages coupés (20cm max), les feuilles mortes, et les écorces, vous pourrez y ajouter du carton, du papier et même les tickets de caisse, aussi surprenant que cela puisse paraître !

Après il suffira de mélanger autant de compost brun que de compost vert, à raison de 50-50 %.

Venons-en au ‘compost vert’. Dans les déchets verts on compte : les résidus de fruits et légumes, vous pouvez bien sûr y mettre vos déchets d’entretien de jardin (feuilles vertes, herbe coupée). Évitez absolument les coquilles de mollusques et fruits de mer ainsi que les déchets protéinés (viandes, produits laitiers) à l’origine des mouches, moustiques et autres insectes non recommandés. La litière biodégradable (sciure, paille) des animaux peut y être jetée occasionnellement. Le café et son filtre peut y être ajouté mais il s’agit d’un compost brun et non vert… Les coquilles d’œuf ont toute leur place ici, mais à condition d’être brisées.

Évitez l’ail et oignons que les micro-organismes ont des difficultés à transformer. De même pour les agrumes, ou alors en très petite quantité car les eisenias (verres rouges) n'aiment pas ces végétaux.

Gilles y ajoute même les restes des wc sèche après avoir pris soin de les laisser reposer suffisamment longtemps (6 mois).

S’il est réalisé de manière optimale, on peut escompter obtenir un compost au bout de 6 mois. Ainsi, vous pourrez récupérer votre compost à raison de deux fois par an. Un bon compost doit être léger et dégager une odeur d’humus. Pour cela il faut le retourner une ou deux fois lors de sa transformation afin qu’il soit bien oxygéné. On peut aussi le tourner pour brasser la matière, idéalement une fois par semaine.

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Pour une meilleure assimilation, Gilles recommande d’épandre le compost en lune descendante. De même, la fertilisation n’en sera que meilleure. Notre maître composteur suit scrupuleusement le calendrier lunaire, utiliser les rythmes lunaires améliorerait la croissance et la résistance des plantes ; il faut vérifier quels jours sont recommandés pour les plantations des végétaux à feuilles et les jours pour les végétaux racine.

Au passage, notre éco-jardinier nous a livré quelques connaissances botaniques visant à promouvoir la biodiversité telles que laisser la fleur de carde pour attirer les insectes vertueux.  L’Euphorbe plante bio-indicatrice de métaux lourds, bien que son lait soit dangereux, est une plante anti-taupe : on la plante là où il y a des taupes afin de les faire fuir.

Il nous explique qu’à l’aide de fumier de cheval ou d’âne mélangé au compost, il réalise une couche chaude, c’est à dire qu’avec la fermentation de cette préparation la température à la surface du sol s’élève considérablement, ce qui permet de planter de janvier à mars (voire jusqu’aux saints de glace) des graines de légumes exigeantes en chaleur (tomate, aubergine, poivron, piment). Pour vérifier la température du sol, placez-y directement un thermomètre enfoncé dans la terre.

Au fil du temps vous verrez votre compost s’affaisser ; si vous l’alimentez régulièrement, au bout d’un an vous pourrez obtenir un bac rempli à ras bord dont le bas du bac est tout à fait opérationnel.

Parmi les quatre composteurs actifs de Gilles, nous allons nous attarder sur l’un d’entre eux, arrivé à maturité.

Voici une photo d’un compost d’un an, on y distingue les différentes couches :

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Pour y parvenir il faudra veiller à ce que l’humidité y soit suffisante. En été il faut donc le tester en formant une boule dans votre main. Cette boule de terre agglomérée doit être humide mais ne pas ruisseler sinon c’est quelle est trop humide. Pour l’humidifier vous pouvez y verser de l’eau. L’hiver, c’est le froid qui peut perturber la maturation du compost ; n’hésitez pas à le recouvrir d’une bâche.

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Enfin, tout comme des plantes qu’on stimule et enrichit, le compost lui-même peut être boosté. Pour cela utilisez un purin d’ortie, dont la conception est très facile. L’ortie est extrêmement riche notamment en azote et en fer et préviendra aussi de certaines maladies. Le purin permet d’extraire et d’activer les principes actifs des plantes ; ces fertilisants naturels peuvent être ‘fabriqués maison’ (encore de petites économies à réaliser!).

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Gilles possède un matériel permettant de couper les orties en morceaux mais vous pouvez aussi les couper à l’aide d’un sécateur. Vous trouverez facilement des ‘recettes’ de purin d’ortie sur internet.

Et maintenant place aux éco-jardiniers pour que chacun soit acteur de la biodiversité qui nous entoure et notamment cette faune et flore des jardins. En s’engageant pour un compostage chez vous, vous contribuez à une meilleure gestion environnementale des déchets et vous réduisez l’emploi de traitements phytosanitaires.

Alors n’attendez pas plus pour passer le cap, et tomate-cerise sur le gâteau : le jardinage aurait des vertus thérapeutiques contribuant au mieux-être au quotidien...

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