Tous les mois, un compte-rendu de l’avancement du chantier sera publié, afin de permettre à tous de suivre l’avancement des travaux de cette maison iconique de l’écomusée, vous les retrouverez sur le blog de l'écomusée de Marquèze.
Juin 2026
La maîtrise d’ouvrage des travaux est assurée par le Parc naturel régional, qui a confié la maîtrise d’œuvre à Delphine Gramaglia, architecte du patrimoine du cabinet Architecture Patrimoine. Après diffusion d’un marché public, les lots maçonnerie et charpente ont été attribués à l’entreprise Cazenave de Bordeaux, le lot menuiserie à l’entreprise Richard d’Artigues-près-Bordeaux et le lot peinture à l’entreprise Saydis de Roquefort.
En extérieur, les travaux ont débuté par la pose des échafaudages. En plus de faciliter l’accès aux parties hautes de la maison, notamment au niveau du auvent, ceux-ci servent à soutenir le parapluie qui couvre désormais tout l’édifice.
Protégée par ce parapluie, l’intégralité de la maison a pu être découverte de toutes ses tuiles canal. Cette opération permet de travailler sur la charpente, élément patrimonial majeur du bâtiment, tout en nettoyant chaque tuile enlevée ou à défaut en soustrayant celles abîmées.
À l’intérieur, le mobilier déplaçable (tableaux, textiles, ustensiles…) avait déjà été enlevé en interne. En effet, chaque année, les reconstitutions historiques sont « démontées » après la fermeture de l’écomusée, puis « remontées » avant l’ouverture, afin de garantir la bonne conservation des items exposés. Dans cette même perspective, le mobilier non déplaçable (lits, armoires, évier...) a été protégé sur place par des feutrines, évitant l’apparition de condensation. Le sol a lui aussi été immunisé selon cette même méthode.
En extérieur comme en intérieur, un brossage a été réalisé sur la structure à pans de bois, afin d’en enlever la chaux. Cette étape vise deux objectifs : permettre d’une part d’y appliquer un traitement antiparasitaire et d’autre part un diagnostic par le charpentier. En effet, chaque bois est étudié pour savoir s’il peut être restauré ou doit être restitué, l’objectif étant de conserver la plus grande part de matériaux d’origine.
Juillet 2026
De premiers constats et découvertes pour le chantier
Après le brossage, l’analyse exhaustive de l’état des pans de bois a pu débuter. Ceux-ci se sont révélés majoritairement bien conservés et ont commencé à être restaurés par injection de résine epoxy. Cette méthode va permettre de préserver les bois d’origine en les renforçant depuis le cœur. Malheureusement, certains bois sont trop abîmés pour être restaurés et devront être restitués par des éléments de même essence. De nombreuses marques de charpentier ont aussi été relevées, témoignant du savoir-faire local de l’assemblage par tenons et mortaises.
L’analyse des bois a permis plusieurs découvertes. D’une part, la maison de Marquèze est composée de presque 80 % de chêne, complété par du pin et quelques restaurations en sapin ou en châtaigner, probablement réalisées en interne par l’écomusée. Alors que les maisons de Haute Lande ne sont souvent constituées de chêne que pour les pièces maîtresses et utilisent sinon le pin, cette prépondérance pourrait être volontaire. En effet, la carte de Belleyme témoigne que des pinèdes existaient déjà à Marquèze à la fin du XVIIIème. Le pin était donc une essence accessible en 1824, lors de la date supposée de construction de la maison. L’utilisation du chêne pourrait donc être un choix à la fois pragmatique et symbolique, en utilisant une essence de meilleure qualité et donc plus onéreuse.
D’autre part, le torchis autour des bois a pu être étudié à cette occasion. Il en existe deux formes au sein du bâtiment :
- Un homogène, avec des tresses de seigle trempées dans de l’argile gris.
- Un hétérogène, constitué de tresses de seigle ou de blé, recouvertes d’une couche d’argile jaune.
Le premier, plus résistant, semble être celui d’origine et inspirera les restaurations du chantier. Le second est certainement un torchis de restauration utilisé historiquement par l’écomusée. En effet, il peut se retrouver dans les maisons transposées sur le site, comme celle du Mineur. Dans les deux cas, le torchis est supporté par des éclisses évasées, coincées entre les poteaux grâce à un système d'encoches et de rainures, preuve supplémentaire du savoir-faire local.
Concernant la charpente, son état de conservation est plus préoccupant. Plusieurs chevrons, pourtant en pin gemmé, ont été irrémédiablement endommagés suites aux infiltrations d’eau successives. Le pin gemmé n’étant plus commercialisé, ils devront être remplacés par du pin classique.
La couverture en tuiles canal est elle majoritairement réutilisable. Dans le cas de restitutions, une teinte en
adéquation avec les tuiles d’origine a été choisie. Plusieurs techniques de pose, connues sur d’autres bâtiments de la région, ont été relevées :
- La pose de tuiles à l’envers en bout de pente pour l’évacuation des eaux.
- L’alternance de tuiles entières et de têtes de tuiles sur les avants-toits, pour y imposer plus de poids.
Août 2026
Un travail qui se poursuit sur la charpente et la maçonnerie
Les nombreux aléas climatiques de cet été ont affecté le chantier, qui a dû être arrêté plusieurs fois pour respecter les arrêtés préfectoraux.
Durant cette période, l’état de dégradation de la charpente a été confirmé. Une partie importante des chevrons mais aussi des arbalétriers seront à restituer. Les bois anciens seront conservés autant que possible, même si ce ne sera pas toujours dans leur intégralité. Au-delà de l’impossibilité de trouver du pin gemmé évoquée le mois précédent, il est aussi compliqué d’obtenir des pièces de bois de taille suffisante. En effet, les plus grands chevrons mesurent 9m, une longueur qui n’existe plus aujourd’hui dans le cadre d‘une découpe standardisée. Ces bois nouveaux seront travaillés avec des outils anciens, comme l’herminette, pour préserver la cohérence et l’intérêt patrimonial de la maison. Le lattage d’origine, désormais déposé, sera lui en grande partie conservé.
Concernant les murs, le torchis a été enlevé afin de traiter les bois les plus endommagés, notamment les soles basses, qui ont parfois été résinées à l’extérieur. Ce résinage ne sera plus visible à la fin des travaux. La façade nord est en cours de stabilisation, ce qui permettra de complètement stopper sa dégradation. A cette occasion, les soubassements ont commencé à être restaurés. En ôtant leur enduit, deux niveaux de matériaux ont été relevés : le premier niveau, le plus haut, est composé de tuiles et de tesselles en terre cuite, ressources produites localement. Il permet de suivre la courbe de la sole. Le second, en contact avec le sol, est composé de « garluche ». Il s’agit d’un grès local, ferrugineux et alvéolé. Aisément accessible, il a historiquement été utilisé dans l’architecture vernaculaire, comme élément de maçonnerie mais aussi comme dé de fondation. Les travaux ont ainsi mis en évidence des dés de garluche sous les poteaux de la maison, qui s’étaient enfoncés dans le sol avec le temps.
En remplacement de cette garluche, des carreaux de terre cuite ont été installés, afin d’isoler la base des poteaux de l’humidité du sol. Enfin, le relevé des marques de charpentier a débuté à l’intérieur de la maison. Environ 250 ont été trouvées, sans aucune redondance en dehors des combles.
Septembre 2026
La restauration des soubassements s’est achevée ce mois-ci. Comme expliqué précédemment, des pavés de terre cuite permettent désormais d’isoler les poteaux du sol. Pour préserver l’aspect général de la structure, leurs arêtes ont été vieillies. Toutefois, deux pierres de garluche en bon état ont été conservées pour l’entrée du auvent, permettant de témoigner de leur utilisation historique comme dés de poteaux.
Concernant les bois, les plus gercés ont été comblés par de la résine. Composée d’époxy, d’un durcisseur, de sable pour lui donner du volume et de brou de noix pour lui procurer une couleur naturelle, elle est coulée dans un coffrage pour ne pas déborder. Appliquée sous forme liquide, elle durcit en une vingtaine de minutes à une température de 20°C. Elle est ensuite retravaillée à la main pour reprendre la structure et l’aspect de chaque bois individuellement. Du brou de noix est aussi réappliqué en surface, par soucis d’intégration. Cependant, le but n’est pas d’être complètement illusionniste, afin de pouvoir différencier matériau d’origine et restauration.
Une réflexion a pu être engagée sur les enduits, notamment avec l’Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine qui est associée au chantier. En effet, un badigeon au lait de chaux était historiquement appliqué sur les bois et le torchis pour les protéger. Des stries ont d’ailleurs été découvertes sur le torchis gris, afin de faciliter son adhérence. Suite aux chaulages successifs, la maison avait peu à peu pris un aspect monochrome, les couches de badigeon se superposant les unes aux autres et masquant la couleur du bois. Ainsi, à l’occasion du déchaulage, la façade sud a livré des traces de feu. Il s’agit d’un témoignage de l’incendie de la borde voisine, qui a eu lieu au début du XXème siècle.
Dans le cadre de la restauration, la maison sera de nouveau chauler. Néanmoins, une seule couche, une patine de type eau forte à la chaux, sera appliquée. Le veinage et les assemblages des pans de bois seront donc mieux visible par rapport à l’état antérieur.
Au niveau de la charpente, les chevrons côté nord ont pu être levés. Les pièces de bois sauvables ont été répertoriées et stockées sur site. Cette dépose a permis de relever un marquage régulier de la panne sablière de 17m, les chevrons pouvant s’y insérer et de ne pas glisser, sans besoin d’être taillés.
Les nouveaux bois ont aussi été acheminés sur site. Ils sont écorcés grâce à des sarcles à peler prêtés par l’écomusée, outil de gemmage habituellement utilisés lors de nos démonstrations de savoir-faire. Les traces qu’ils laisseront, en plus ce celles de l’herminette, permettront une intégration harmonieuse avec les pièces anciennes de la charpente.







